Le couronnement de Poppée, Claudio Monteverdi, Opéra de Lille.

Le couronnement de Poppée, Claudio Monteverdi, Opéra de Lille, 18 mars 2012.

En novembre 2011, j’avais terminé ma chronique (lien ici) de l’opéra Agrippine de Haendel en exprimant mon impatience de retrouver Sonya Yoncheva dans le rôle de Poppée et Tim Mead dans le rôle d’Othon qui étaient pour moi les deux sommets de cette représentation.
Et bien,quatre mois plus tard, mon avis est encore le même. Une nouvelle fois, la soprano et le contre-ténor ont conforté tout le bien que je pense de leurs qualités vocales, un régal.
J’avais aussi hâte de découvrir autrement que sur cd Max Emmanuel Cencic, ici dans le rôle de Néron et j’ai été conquis par sa prestation. La voix est très agréable, la performance solide. J’ai aussi été pleinement convaincu par Ann Hallenberg (Octavie), Paul Whelan (Sénèque) et j’ai eu un petit faible pour Camille Poul dans le rôle de l’Amour. En fait, c’est l’ensemble du plateau vocal qui m’a enthousiasmé, chancun étant à la hauteur de mes attentes.

Ce qui m’a le plus surpris lors de cette soirée, c’est cette impression de totalement redécouvrir cet opéra. Le couronnement de Poppée est une oeuvre que j’ai déjà écoutée un bon nombre de fois (dans les versions Harnoncourt 1973 et Gardiner 1996, déjà toutes deux très différentes) mais la version proposée par Emmanuelle Haïm et Le Concert d’Astrée était tout bonnement magnifique. Alors oui, une nouvelle fois, je ne manque pas de louanges pour Emmanuelle Haïm et Le Concert d’Astrée et vous allez finir par croire que je ne suis plus objectif. Mais lorsqu’on a la chance de pouvoir les voir assez régulièrement, je vous assure qu’on ne boude pas son plaisir.

Il me reste à vous parler de la mise en scène de Jean-François Sivadier dont j’ai déjà évoqué le travail plusieurs fois sur ce blog. Petit rappel donc. J’ai déjà vu de lui une pièce de théâtre, Le Roi Lear de Shakespeare, que j’avais trouvée brillante. Pour la petite anecdote, la pièce m’avait en particulier plu de part la prestation de Nicolas Bouchaud qui était justement à quelques places de ma femme et moi hier lors de la représentation. J’ai vu aussi de lui, une pièce à mi-chemin entre théâtre et opéra, Italienne avec orchestre, qui reste à ce jour un de mes meilleurs souvenirs de spectacle vivant, c’est peu dire. Et puis, j’ai aussi eu la chance de voir deux mises en scène d’opéra, Les noces de Figaro de Mozart et une splendide version de Carmen de Bizet (chronique ici). En un mot comme en cent (j’ai plutôt choisi cent), j’attendais vraiment beaucoup de cette mise en scène.
Et je suis un peu partagé. Si on m’avait demandé mon avis disons après une demi-heure, j’aurai je pense exprimé une déception. Un peu comme-si je m’attendais à autre chose. Mais au final, je m’aperçois que je suis complètement entré dans le parti pris, très surprenant de mise en scène. Difficile de décrire justement le travail effectué. C’est riche, très riche. C’est aussi totalement différent de ce que j’avais vu de lui, c’est peut être ce qui m’a surpris, effrayé, au départ.
Par contre, on sent indéniablement la petite touche de metteur en scène de théâtre dans certains choix et c’est une excellente chose. Pour conclure, sans crier au génie, je pense que le travail effectué sur la mise en scène, très surprenant au départ, mérite qu’on s’y attarde et s’avère, rétrospectivement d’une qualité indéniable.
Les curieux pourront se faire un avis puisqu’une diffusion de cette version est prévue sur Mezzo, sur Wéo ainsi que sur le site web d’Arte (les dates de diffusion ne sont pas encore fixées).

Pour conclure, je ferai une remarque qu’il m’arrive aussi assez régulièrement de placer. Lorsque vous assistez à un spectacle de plus de trois heures, que vous ne souffrez d’aucune lassitude (avouons de plus que Monteverdi n’est pas forcément le plus accessible des compositeurs), et que l’air final vous laisse sans voix, au bord des larmes, c’est qu’incontestablement vous avez apprécié votre soirée.

1 commentaire pour Le couronnement de Poppée, Claudio Monteverdi, Opéra de Lille.

  • Eric Guillouard

    Je sors de la première représentation lors de la reprise à l’auditorium de Dijon et je suis bouleversé… Bouleversé tant il me semble avoir redécouvert l’œuvre et sa sensualité irradiante. Nouvelle traduction, incandescence des voix mêlées, érotisation extrême et jeunesse idéale du plateau ?… tout est juste ! Trois heures prenantes, sensuelles, sensorielles, passionnantes, une merveille ! Que d’accords ici avec les avis formulés par le maître de céans ! Tim Mead, Max-Emmanuel Cencic, Sonya Yoncheva sont proches de l’idéal… Qq réserves cependant: malgré la beauté de la voix et le talent d’Ann Hallenberg, son Octavie est un peu à côté de la plaque et la faute en revient au metteur en scène qui bousille tout d’une vulgarité hallucinante: laideur du trône en fond de scène (et en plus, y en a marre des fonds de cage vides !), système scénique cheap et toc, mocheté d’un tas de bazars à paillettes, laideur des costumes, éclairages pour chasser l’éléphant la nuit, horreur d’accessoires grotesques et encombrants (statues en plastique, jets d’eau lumineux et autres). Bref, une magie à regarder les yeux ailleurs, dans le rêve d’un spectacle passé pas loin du miracle grâce à Emmanuelle Haim et son sens du chant. Elle tient ses chanteurs du bout de ses doigts, les guide, les étire, les provoque, les fond et les modèle. Une merveille d’intelligence… au service du sens, du texte et de l’émotion.

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