Radhika Jha, L’élephant et la maruti, éditions Picquier.
Et bien voilà un recueil de trois nouvelles fort intéressant. Trois histoires se déroulant à Delhi. Dans la seconde nouvelle, un passage retranscrit bien l’esprit de ce livre : « Sur les petits patrons, les électriciens, les chauffeurs de rickshaw, les gens qui se sont battus bec et ongles pour réussir. C’est eux qui représentent le véritable esprit de cette ville.C’est leur histoire que nous devrions écrire. »
C’est donc le Delhi véritable que Radhika Jha nous fait découvrir. Kishan, électricien, Shibu, lépreux et Kishore, gardien de parking, autant de héros anonymes qui partagent un moment de vie avec le lecteur. Des histoires à la fois tristes et emplies d’espoir.
La lecture est agréable, le style simple et lorsqu’on commence une histoire, on ne veut pas fermer le livre avant d’en avoir eu le dénouement, un très bon signe comme vous le savez.
J’ai dans ma bibliothèque un autre livre de Radhika Jha, il ne tardera pas à être lu.
Combat de taureaux, Yasushi Inoue, Stock.
Petite déception que ce recueil de trois nouvelles de Yasushi Inoue. Pas que ce soit inintéressant mais je dois bien dire que je n’ai pas été passionné par les histoires. La première en particulier qui donne son titre au recueil et qui a reçu le prix Akutagawa n’est pas de plus captivante. Dans l’après guerre, un employé d’un petit journal décide d’organiser des combats de taureaux pour gagner de l’argent. Sur le papier cela semble assez bizarre et au final l’histoire évolue des façon assez classique.
J’ai chroniqué ce livre il y a quelques mois sur le blog (lien). Un visiteur, merci à lui, me signale que ce livre a récemment été réédité. La dernière publication en France remonte à 1956, fait totalement incompréhensible tant ce document est à mon sens indispensable.
Le voici donc maintenant à nouveaux disponibles, aux éditions Tallandier.
Lien amazon : lien
ID, Cirque Eloize, Colisée de Roubaix, 28 janvier 2012.
Après Rain et Nebbia, voici le troisième spectacle que cette compagnie que j’ai l’occasion de voir. Rain m’avait impressionné, Nebbia m’avait déçu (chronique ici). Malgré cette dernière déception, pas d’hésitation tout de même pour retourner les voir et c’est peu de dire que j’ai bien fait! ID, à mi-chemin entre West Side Story et le Hip-Hop en met plein la vue et laisse un peu de côté le parti pris lent et poétique de Nebbia et c’est tant mieux!
Durant 1h50 s’enchaînent des numéros hyper dynamiques, souvent spectaculaires et bougrement divertissants. L’omniprésence de la vidéo apporte un plus évident à tout ce dynamisme ainsi que la musique qui rythme l’ensemble. Clairement axé sur la culture urbaine, les numéros sont très bien pensés et apportent quelques nouveautés assez bien trouvées. Par exemple le numéro du ruban fait ici en duo avec un partenaire en roller était vraiment excellent. Et il y a comme cela bon nombre de petites trouvailles et nouveautés qui font de ID un pur spectacle de cirque moderne.
Le spectacle tourne encore dans les mois à venir en France donc si vous êtes tenté, n’hésitez pas et allez passer deux bonnes heures de pur divertissement.
Lignes de faille, Le Palace, Béthune, 27 janvier 2012.
Au départ, Lignes de faille est un livre de Nancy Huston, publié en 2006. Catherine Marnas décide d’en faire une pièce et de ne (presque) rien sacrifier du texte d’origine. Nous voici donc avec une pièce de théâtre de quatre heures, oui, quatre heures, nous parlant de religions, de nazisme et autres joyeusetés dans ce genre (je réduis bien entendu).
Sans entrer dans les détails pour ne pas trop révéler l’histoire (car oui, je vais finir ma chronique par une incitation plus que sincère à lire le livre ou voir la pièce), disons que l’on remonte le temps, de 2004 en Amérique à 1944 en Allemagne. Le processus narratif est donc assez particulier puisqu’on part du présent, rempli de questions pour retourner dans le passé y chercher les réponses.
Au delà d’une mise en scène efficace, c’est le texte qui m’a marqué. De la première à la dernière réplique, l’histoire est construite de façon admirable. Les quatre heures sont partagées en fait en quatre récits d’enfants. On commence avec Sol, petit californien en 2004, vient ensuite l’histoire de son père Randall enfant juif en Israël en 1982. Vingt ans plus tôt, nous suivons l’histoire de la mère de Randall, Sadie (à mon sens le fil rouge des trois premières parties) et l’histoire se termine ou plutôt commence avec Kristina en Allemagne en 1944.
Le texte est d’une force indescriptible et je dois bien avoué qu’il m’est difficile de trouver des mots assez forts pour retranscrire l’émotion ressentie. Ce texte est très dense. Rempli d’humour, de tristesse, on se sent gagné par moment par un sentiment de révolte, de dégoût, de pitié. Le moindre détail a son importance et le puzzle se construit petit à petit pour un final assez bouleversant. N’en disons pas plus et comme annoncé, je ne peux que vous inciter plus que vivement à aller voir cette pièce ou à lire le livre.
La lecture de l’excellent article paru sur paoru.fr sur un premier bilan 2011 du marché du manga (lien) m’a donné envie de jeter un oeil sur mes propres achats pour l’année qui s’est récemment terminée. Alors, si on en croit mes statistiques d’achats (vous avez remarqué que je tiens à jour ce genre de choses) j’ai acheté pour l’année 2011 un total de 142 mangas pour une moyenne de 12 par mois. Mis en comparaison avec les années précédentes, on peut dire que la tendance est encore à la forte baisse. En effet, après une année 2009 record avec ses 72 tomes par mois(!), l’année 2010 avait entamé la décente avec 26 tomes par mois. Faut il y voir un désintérêt pour le manga, la réponse est non, absolument pas.
En fait, c’est tout bête, depuis 2010, j’ai simplement décidé de lire plus de mangas que ce que j’achète dans le but de récupérer un retard considérable sur mon stock de mangas non lus. J’ai donc augmenté mon volume de lectures tout en diminuant mon volume d’achats.
Je ne suis pas forcément attiré par les nouveauté, loin de là. C’est simple, du coup je n’ai acheté en 2011 qu’une seule nouveauté, GTO Shonan 14 days.
En fait j’ai déjà évoqué cette particularité mais J’ai cette manie d’attendre la fin d’une série avant de la lire (je lis un ou deux tomes, et si j’accroche, j’achète en attendant la fin de la publication pour lire la série). D’ailleurs si je regarde plus attentivement, je remarque que j’attends même que la publication soit terminée avant de suivre une série. Trop de séries arrêtées en cours de publication traînent sur mes étagères. Du coup, sauf de rares exceptions pour lesquelles je suis certain que la publication arrivera à son terme (GTO en est un parfait exemple), je n’achète jamais de nouveauté. Chat échaudé craint l’eau froide (si un éditeur me lit, hein…).
En conclusion, une année bizarre.
L’année 2012 confirmera surement la tendance car je n’ai pour le moment acheté qu’un seul manga, le volume 3 de GTO Shonan 14 days…
L’article est un peu tardif et il ne reste qu’une semaine pour profiter de cette exposition mais que voulez-vous, je n’ai pu m’y rendre que ce weekend. Donc du coup, faisons court.
Si vous êtes un temps soit peu intéressé par le Japon et son histoire, cette exposition est une priorité pour la semaine à venir. De magnifiques pièces sont exposées (et assez bien mises en valeur) au musée du quai Branly et il serait dommage si ce n’est déjà fait, de louper cela. Armez vous de patience, surtout si vous y allez le weekend car nous avons du patienter une heure pour y accéder. Mais cela vaut chaque minute d’attente. On y trouve donc principalement des armures (complètes) et une belle collection de casques. Certaines pièces sont particulièrement impressionnantes, d’autant plus si on lit le descriptif et que l’on imagine les heures de travail nécessaires à leur fabrication. La collection présentée regroupe donc des armures et casques dans un état de conservation exceptionnel. Des armures datant du XVIème, XVIIème paraissent littéralement « neuves ». Le tout est très bien présenté. Il est possible pour bon nombre de pièces d’en faire le tour et d’apprécier le travail dans son ensemble.
Voilà donc une opportunité qui ravira les amateurs du Japon et les curieux et visiblement le succès est au rendez-vous.
Quelle excellente surprise que ce recueil de nouvelles de Yasutaka Tsutsui. Un humour noir parfois loufoque, tel est le point commun des nouvelles présentées. J’y ai beaucoup ri et je me suis régalé de bout en bout.
Deux tribus africaines rivales font une course à l’armement atomique, un mode d’emploi pour bien se placer dans son lit, un homme se transformant en tatami, voici trois exemples des sujets abordés. Vous le voyez tout de suite, on s’oriente vers du n’importe quoi de haut vol. Mais c’est en apparence car vous vous en doutez, l’humour noir est un moyen subtil de faire passer son message. Le regard des autres, le surarmement, la « starification », la jalousie et l’envie, autant de sujets traités dans ces histoires.
Même si l’ensemble des nouvelles est très intéressant, une mention toute spéciale à celle qui donne son titre au recueil, Le censeur des rêves et celle intitulée Le lit, mode d’emploi. La première car elle est géniale et que j’ai eu l’impression de visiter le cerveau de ma femme (ha ha ha!! dis comme cela, je sais cela paraît bizarre mais je lui ai fait lire et elle ne peut que confirmer). La seconde car j’ai rigolé comme rarement en lisant une nouvelle.
Une très bonne découverte donc et je ne peux que vous recommander cette lecture, divertissante, intéressante et écrite dans un style assez peu courant.
Le maître ou le tournoir de Go, Yasunari Kawabata, Albin Michel.
Ce livre raconte la dernière partie de Shusai, maître de Go, partie qu’il disputa en 1938 contre Otaké, joueur au style complètement différent et qui se déroula sur une période de six mois.
Je vous rassure tout de suite, je ne connais pas plus que la plupart d’entre vous les règles du jeu de Go et ceci n’est nullement un obstacle à la lecture de ce livre. Le talent littéraire de Yasunari Kawabata suffit à nous faire percevoir toute la beauté des coups joués et il n’utilise que très peu des termes techniques propres au jeu (termes que l’on comprend aisément par ailleurs). Et c’est bien là tout l’intérêt de ce livre, se laisser passionner par un domaine que l’on ne connaît pas, ressentir la tension entre chaque coup, saisir la différence de style entre les deux joueurs.
Ce livre raconte aussi la fin d’une vie, celle de Shusai. Miné par la maladie, il se sacrifiera littéralement pour pouvoir finir cette partie. Tout comme le jeu de Go, la vie est parfois faîte de choix difficiles qui déterminent le reste d’une partie ou d’une vie. Et toutes les analyses futures ne pourront changer les choix du maître qui au moment même où il les fait, appartiennent déjà au passé. Car c’est bien là le thème central du livre, l’opposition entre tradition et modernité. Les deux conceptions du jeu se révèlent être aussi deux conceptions de la vie.
Ce récit n’est pas le plus réputé de Yasunari Kawabata mais il n’en reste pas moins une lecture très intéressante et instructive et je vous en recommande vivement la lecture, et je le répète même si vous ne connaissez pas le jeu de Go.
Lien :
Un excellent article sur ce livre sur le site « La bibliographie du Go » : lien.
On y trouve en particulier des photos de cette fameuse partie. Très intéressant.
Les aventures de Sindbad le marin, Le Palace, Béthune, 13 janvier 2012.
N’y allons pas par quatre chemins, j’ai vu hier soir ce qui pourrait bien être le meilleur spectacle de la saison 2011/2012, rien que ça. Le travail d’Agathe Mélinand et de Laurent Pelly est absolument fabuleux.
Le plaisir fut d’autant plus grand que l’attente était énorme. Nous (ma femme et moi) avions déjà vu il y a quelques années une mise en scène de Laurent Pelly pour Alice aux pays des merveilles dont on parle encore régulièrement. Une pièce magnifique, bourrée d’idées, de trouvailles, formidablement interprétée, bref, parfaite.
Et c’est avec ce souvenir en tête que nous attendions ce Sindbad. Et ne nous mentons pas, nous avions placé la barre très très haute. Et que ça fait du bien de ne pas être déçu et de voir au contraire toutes ses espérances surpassées.
La mise en scène est splendide, débordantes d’idées, foisonnante de trouvailles. Hier j’ai vu des serpents, des éléphants, un oiseau géant, des bateaux secoués par la tempête. J’ai vu aussi des rivières de diamants, des grottes, des montagnes et des milliers de choses. Impressionnant.
La troupe des sept comédiens est elle aussi à la hauteur. Mêlant à la fois jeu d’acteur (très bon texte parfaitement rendu, très vivant), acrobaties, danses, ils jouent avec le décor (n’oublions pas de féliciter aussi le technicien qui les aide discrètement) en le faisant évoluer au gré des sept voyages de Sindbad. Prenons juste l’exemple d’une construction qui symbolisera tantôt les griffes de l’oiseau géant, tantôt la tête d’un éléphant.
J’ai beaucoup souri et rigolé, j’ai été impressionné, émerveillé comme peut l’être un enfant qui se laisse porter par son imaginaire. Cette pièce est une merveille et tout comme Alice, nous en reparlerons encore dans quelques années.
Alors meilleur spectacle de la saison pour le moment, assurément et même depuis très longtemps, ce qui est tout de même une sacré performance vu les superbes pièces vues ces dernières années. Mais allez savoir, il sera peut être surpassé par l’opéra Cendrillon de Massenet en fin de saison qui sera mis en scène par un certain Laurent Pelly…
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